Jean-Louis BASTION, Professeur Emérite Montpellier SupAgro

  • Création : 7 mars 2011

Les produits typiquement méditerranéens, en particulier l’huile d’olive, les agrumes, les fruits secs, les tomates, etc. sont menacés à terme par une offensive de pays situés en dehors de la région méditerranéenne dans lesquels les coûts de production et le cadre réglementaire, l’organisation des filières et le management des entreprises sont plus performants du point de vue strictement économique.

Agroligne : En quoi la mondialisation est-elle un défi, voire un danger, pour l’agriculture méditerranéenne ?

Jean-Louis RASTOIN : La mondialisation, comme la langue d’Ésope, peut être la meilleure ou la pire des choses. Ses avantages sont l’ouverture sur d’autres peuples, d’autres cultures, de nouveaux biens et services. Cependant, dans un monde multipolaire, il existe des tendances hégémoniques de la part des puissances dominantes, à savoir les États-Unis et la Chine, et des risques de disparités croissantes en termes de compétitivité du fait de l’énorme poids économique des deux leaders. Ainsi, les flux commerciaux de proximité entre l’Europe et le bassin méditerranéen sont menacés de «détournement de trafic» au profit des grands producteurs agricoles des deux Amériques. De plus, la convergence globale des modèles de consommation, en particulier alimentaire, menace sérieusement la diète méditerranéenne au profit d’un modèle agro-industriel générateur de pathologies telles que l’obésité et déstructure, voire délocalise, les productions agricoles et agroalimentaires locales.

Vos recherches qui viennent de faire l’objet d’un ouvrage aux éditions Quae (cf. p.13) tendent à montrer que la complémentarité Nord-Sud ou Sud-Sud est primordiale pour faire face à la mondialisation et plus généralement à la dépendance extérieure ?

Face aux risques et aux externalités négatives engendrés par une globalisation excessive, le recours à un modèle de proximité peut constituer une alternative, non pas radicale et totale - ce qui serait utopique à l’horizon d’une génération (2030) -, mais progressive et partielle. Il existe en effet une complémentarité évidente entre d’une part les pays méditerranéens entre eux (coopération Sud-Sud), car ils possèdent des atouts et des contraintes similaires, notamment de type culturel et agro-climatique, et d’autre part l’Europe  et les pays du sud et de l’est de la Méditerranée (PSEM), par exemple dans le domaine des céréales, des oléagineux et des produits laitiers. La complémentarité Sud-Sud suggère de mettre en place sans délai un «marché commun méditerranéen» et un ambitieux programme de recherche et de formation adapté aux immenses défis de l’augmentation de la production alimentaire dans la zone, c’est-à-dire de l’amélioration de la souveraineté alimentaire régionale. Le co-développement Nord-Sud plaide pour un élargissement du dispositif de la politique agricole commune européenne (PAC) et pour une contractualisation du commerce international euro-méditerranéen en vue de contribuer au droit à l’alimentation et à la sécurité alimentaire régionale.

Certains produits méditerranéens (tels que le lait de brebis, l’huile d’olive, les fruits à coque...) tirent leur épingle du jeu. Pourquoi ces produits pourraient-ils être rapidement menacés par la concurrence mondiale ?

salade_greque Jean-Louis RASTOIN : Certes, on observe une croissance soutenue de la demande et de la production de certains produits tels que l’huile d’olive, les fruits et légumes et les fromages à base de lait de brebis. Cependant, cette croissance est faible en Europe, moyenne dans les PSEM, et forte dans les pays extérieurs à la zone, ce qui traduit des écarts de compétitivité marchande imputable aux modèles productifs et au marketing.

Les produits typiquement méditerranéens, en particulier l’huile d’olive, les agrumes, les fruits secs, les tomates, etc. sont menacés à terme par une offensive de pays situés en dehors de la région méditerranéenne dans lesquels les coûts de production et le cadre réglementaire, l’organisation des filières et le management des entreprises sont plus performants du point de vue strictement économique. L’exemple du vin est symptomatique : les pays producteurs traditionnels, et notamment la France, peinent face à une concurrence agressive des «nouveaux pays producteurs» tels que l’Australie et le Chili. Le même phénomène est en marche pour l’huile d’olive. A la base du glissement des parts de marché, il y a avant tout une volonté stratégique et des performances managériales des pays menant l’offensive.

Retrouvez l’intégralité de l’article dans la magazine Agroligne N°77...

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