Mourad Bouattou, président d’Algeria Clusters et de Boissons-Agrologistique : «La bonne gouvernance passe par l’organisation des filières»

  • Création : 5 avril 2021

Dans cet entretien, le premier responsable du groupement des clusters présente cet outil de développement économique du pays, son rôle dans la création de jeunes entreprises et sa plus-value en termes de synergies entre filières et/ou acteurs économiques et en termes de réduction des coûts notamment des produits destinés à l’exportation.

Reporters : Pouvez-vous présenter aux lecteurs le groupement des clusters ?
Mourad Bouattou : Avant d’aborder la présentation du groupement des Clusters, dénommé « Algeria Clusters », voici un éclairage sur ce concept de cluster incontournable pour l’organisation des filières, largement usité dans le monde. Ce concept a vu son rayonnement dans les pays développés, à l’instar de «Silicon Valley» en Californie, «le district manufacturier» en Italie, les grappes industrielles au Quebec et « les pôles de compétitivité» en France. Aujourd’hui devenu incontournable, notamment dans le contexte actuel de fragmentation des chaînes de valeurs mondialisées, favorisant les relocalisations d’IDE.
Les clusters sont devenus des instruments de développement économique fondés sur le fameux « triangle d’or » qui symbolise la mise en relation des trois types d’acteurs au niveau d’un territoire en vue de faciliter la « fertilisation croisée » entre scientifiques, acteurs économiques et décideurs locaux. La résultante est de développer leurs activités et renforcer leur potentiel et l’innovation par une concertation participative, dont la démarche doit être « ascendante » (bottom/ up) et non « descendante » (top down).
Les clusters sont devenus un instrument innovant du développement économique (l’Europe compte environ 2 000), fondée sur :

  • des politiques publiques sectorielles : politiques agricole, industrielle, des sciences et de la technologie, de l’aménagement du territoire, et du développement économique local ;
  • des politiques de développement du secteur privé, en vue de renforcer ses capacités à s’organiser de façon autonome dans la chaîne de valeur et en partenariat avec les institutions

 

  • Quid des clusters en Algérie ?
  • La création du premier cluster en Algérie, à l’instar du cluster Boisson-Agrologistique, remonte à l’année 2014, sous l’égide du ministère de l’Industrie, avec l’accompagnement de la coopération algéro-allemande GIZ. Cette expérience prometteuse a vu la création d’autres clusters, sous forme de Groupement d’intérêt économique sans but lucratif, régi par le code de commerce, dont le cluster dattes, Algeria Digital Cluster, celui de la mécanique de précision, dont le président vient d’être nommé à la tête du CNCPME, ainsi que le cluster de l’énergie solaire.
    Domiciliés au niveau des centres de facilitation respectivement à Béjaïa, Biskra, Blida et au Technopole de Sidi Abdellah (cluster numérique). Le Groupement des acteurs du numérique (1 GAAN) devrait aussi renforcer l’inter-clustering, dont le siège est hébergé au niveau de l’ANPME-DI-pépinières d’entreprises. Cette proximité conforte le caractère inclusif de notre écosystème et surtout le rôle d’incubateur des clusters.
    En 2018, les présidents des 5 Clusters, conscients des enjeux de l’inter-clustering et des synergies croisées intersectorielles, basées sur la nécessité de décloisonnement des filières et du développement des chaînes de valeur, se sont concertés en s’organisant, sous forme de GIE sans but lucratif, dénommé « Algeria Clusters ».
    Ce Groupement est régi dans la même forme que les clusters, renforcé par un mémorandum d’entente et une plateforme collaborative. Le cluster tourisme ATC, présidé par le holding public Hôtellerie, Tourisme et thermalisme HTT, précisément par le Président de ce groupe public M. Bounafa, fait également partie du Groupement.

 

  • Comment les clusters s’impliquent dans la création d’entreprises, notamment de PME, de micro-entreprises et de start-up ?
    Dès la création de clusters, une des missions inscrites dans notre feuille de route est son rôle d’incubateur qui se distingue des associations classiques par l’intégration dans notre écosystème, les institutions publiques (Andi, Adpme, Algex, Directions locales de l’industrie/ Direction des centres de facilitation, CACI…), en leur qualité de membres fondateurs des clusters, participant statutairement à nos AG et favorisant le dialogue public-privé en se démarquant des concepts classiques associatifs.
    A ce titre, le siège d’Algeria Clusters, situé au niveau de l’ADPME-PI, du Fgar et des pépinières d’entreprises, s’inscrit dans cette vision et favorisera la création de PME, de start-ups, par cette proximité dans le cadre du dialogue public-privé. De même, les centres de facilitation, abritant les clusters, jouent un rôle d’intégration de ces acteurs, en étant un espace focal pour développer les PME.
    La digitalisation dans nos pratiques managériales, via des plateformes, visent à optimiser les opportunités de projets collaboratifs.

Quelle serait la contribution des clusters au développement des exportations hors hydrocarbures ?
Dans ce nouveau paradigme, les Clusters peuvent devenir « des acteurs organisés, en mesure de faire des ventes groupées grâce à ses membres de la chaîne logistique, leur plateforme logistique, pour se projeter sur les marchés extérieurs réalisant des économies d’échelle. De même que les achats groupés d’intrants.
La convention signée avec Algex pour accéder au portail export servira de tremplin pour les opportunités d’affaires à l’export ; mais il y a aussi notre site web www.clusterboisson.com qui, aujourd’hui, est un outil précieux d’intermédiation.
Notre projet ambitieux de plateforme digitale, doté d’un réseau d’entreprises, et l’apport transversal de la digitalisation et de la dématérialisation du guichet unique, favorisera le groupage à l’export, avec une optimisation des coûts, véritable nœud gordien des surcoûts des services.

Quels sont les gains logistiques d’une organisation des entreprises en clusters ?
Le cluster boissons a reconstitué des maillons importants de son écosystème en intégrant l’amont (intrants) de la filière et la présence d’acteurs importants de la chaîne logistique, dans le transport de marchanidses :

  • Logitrans/SNTR, Numilog, Béjaïa Logistique, Mars Logistique, les services liés aux plateformes logistiques, au fret maritime, transit, douanes, à l’instar de Globtainer ;
  • les services maritimes, port de Béjaïa, Gema et la Cagex, maillon important dans le processus des exportations hors hydrocarbures.
    Notons la présence des PME, TPE et grands groupes dans le packaging (Général emballage, Mériplast), Aromes d’Algérie et ceux de la filière boissons.
    Des workshop, mettant en relation les producteurs de boissons et les prestataires logistiques, ont permis de mettre en place une plateforme collaborative, favorisant les opérations groupées pour optimiser les coûts et la mutualisation des retours à vide.
    Favorisant une baisse du coût du fret (d’actualité) et surtout pour être plus compétitifs.
    Ce n’est qu’une des facettes de gain que peut avoir une organisation des entreprises en cluster, en réunissant les acteurs de l’écosystème : le maître-mot, c’est le décloisonnement et le partage de l’information, des gains économiques incommensurables. Le point fort des clusters est d’avoir réuni tous ces acteurs sous forme d’organisation économique, structurée comme les grands groupes, autour d’une charte managériale et un réseau social d’entreprises élargi aux autres secteurs réunis autour d’Algeria Clusters.
    Nous sommes au début d’un processus structurant pour l’économie.
    La bonne gouvernance passe par l’organisation des filières et la reconstitution des chaînes de valeur, deux concepts associés, dans une perspective de valoriser le potentiel économique local dans une vision d’une politique de développement territorial. Notre devise, comme dit le proverbe africain : « Seul on peut aller très vite, mais ensemble, on ira plus loin ».

 

  • Comment voyez-vous les synergies entre les entreprises regroupées en clusters, l’Université et les centres de recherche ?
    Face aux défis de la mondialisation et du contexte actuel, nécessitant un nouveau paradigme, favorisant une approche régionale et une recomposition des chaînes de valeurs née de la Covid-19, la nécessité de regrouper les clusters au niveau régional est de faire des passerelles inter-clusters.
    Les enjeux importants ont amené les clusters à se concerter, pour mettre en place un mémorandum d’entente lors d’une AG, sous forme d’un GIE, réunissant les 6 clusters, reconnectés par une plateforme collaborative où des synergies seront créées pour mutualiser les moyens et compétences, véritable innovation dans notre culture entrepreneuriale !
    Au plan académique, la présence dans l’écosystème de nos clusters, des universités et des centres de recherche, favorisant la coopération entre le ministère de l’Enseignement supérieur et celui de l’Industrie, grâce à la convention signée récemment et à laquelle nous servirons de relais. Des conventions ont été signées avec l’université de Béjaïa, l’USTHB, Batna 2, l’ENP (El Harrach), INRA, CNTPP, en leur qualité de membres partenaires, favorisant l’innovation des porteurs de projets de recherche.
    Ces passerelles favoriseront l’incubation avec des partenaires industriels pour favoriser l’éclosion de start-up ou de micro-entreprises, grâce à leur réseau diffus et la naissance d’opportunités de collaboration.

 

  • Quelles sont les formes de coopération ou de partenariat développées par le groupement de clusters avec les clusters de pays tiers ?
    Exploiter et optimiser nos ressources dans une vision mondialisée nous ont permis de regrouper les clusters au niveau régional, en partageant les expériences de pays qui ont une avancée dans ce cadre, à l’instar des échanges avec France Clusters et la plateforme des clusters européens, source de transfert de connaissances et de bonnes pratiques de gouvernance des clusters.
    A signaler la coopération algéro-allemande et le ministère de l’Industrie, via GIZ, qui a implémenté ce concept en Algérie, avec des outils de montage de clusters.
    Des échanges autour des deux rives de la Méditerranée nous ont permis d’assister à des forums sous l’égide du ministère des Affaires étrangères et de la Caci, dont celui de Rabat et Tunis, où les clusters ont été retenus pour un projet d’e-incubateur, dans le cadre du programme de l’UE.
    Cette opportunité, qui reste à se concrétiser, révèle le bien-fondé de nos organisations respectives pour avoir une visibilité à l’international et respecté comme réceptacle à ces projets.

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